Bibliothèque sur l’agroforesterie du cacao

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Cette bibliothèque d’agroforesterie du cacao (Cocoa Agroforestry Library)  est une bibliothèque électronique de toute la littérature scientifique accessible au public sur l’agroforesterie du cacao (cocoa agroforestry) destinée à une large utilisation par l’industrie, les gouvernements, les universitaires, les militants, les groupes d’agriculteurs et d’autres acteurs. Ce sera une bibliothèque « vivante » : nous invitons toute personne intéressée à suggérer des données supplémentaires ou des rapports à y inclure à envoyer un courriel à [email protected] Vous pouvez dès maintenant consulter la bibliothèque en cliquant ci-contre here.

Notre objectif est que cette bibliothèque incite les établissements universitaires ou de recherche à examiner ces informations et à publier de nouvelles synthèses qui rendent ces ressources plus accessibles aux gouvernements, à l’industrie et à d’autres groupes tout au long des chaînes d’approvisionnement du cacao.

Il existe des opportunités intersectorielles claires, mais nous avons choisi de consacrer cette initiative au cacao afin d’accroître sa pertinence pour l’industrie de ce secteur. Nous espérons cependant que ce type de bibliothèque soit également créé pour d’autres cultures.

Introduction

Chaque jour, on estime qu’un milliard de personnes consomment du chocolat (Nils-Gerrit Wunsch, 2020). La grande majorité de ces amateurs de chocolat vivent dans des pays développés tels que la Suisse, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon. Pourtant, le cacao, l’ingrédient nécessaire au chocolat, est un fruit originaire de la forêt pluviale des basses terres de l’Amazonie et, depuis la fin des années 70, il est principalement produit en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, environ 60% du cacao est produit dans seulement deux pays : la Côte d’Ivoire et le Ghana. La majorité du cacao est cultivé dans de petites exploitations qui ont remplacé les forêts indigènes – menaçant le bien-être des personnes et de la faune. Des opportunités existent de changer la façon dont le cacao est produit, afin qu’il profite aux populations et à la nature.

Cette bibliothèque regroupe l’essentiel des connaissances scientifiques sur la problématique de l’agroforesterie cacaoyère. Les recherches ayant conduit à la création de cette bibliothèque électronique révèlent une grande richesse d’informations pour la première fois ici rassemblées, ordonnées et consultables.

Ces informations étaient auparavant disséminées dans de nombreux rapports et sources. Cette bibliothèque permet désormais à l’industrie, au gouvernement et aux autres parties prenantes d’y accéder facilement et de prendre des décisions basées sur les meilleures données scientifiques disponibles. L’inaccessibilité de l’information est susceptible d’avoir gêné les acteurs de l’industrie du cacao ainsi que et les décideurs gouvernementaux dans le passé, mais ce n’est plus le cas. Avec cette bibliothèque numérique plus personne ne peut arguer d’un manque de données exploitables. L’un des enseignements cruciaux de ce travail pour l’industrie et les gouvernements est que davantage de projets pilotes et de recherche seraient les bienvenus. Cela ne devrait cependant pas conditionner l’action. Il y a, en effet, suffisamment d’informations disponibles pour prendre des décisions éclairées afin de faire passer tout le cacao mondial de la monoculture au système agroforestier et, là où l’agroforesterie est déjà mise en œuvre, de la protéger et de l’améliorer. Nous avons fait la distinction entre les articles de revue et les études de cas, afin que les gouvernements et l’industrie puissent identifier les grands principes directeurs dans les articles puis aller plus loin, lorsque cela est nécessaire ou approprié, avec les études de cas ou des études régionales. Notre recherche révèle cependant une insuffisance : il n’existe pas assez de guides pratiques permettant de garantir une mise en œuvre harmonieuse. Ceux-ci doivent être élaborés conjointement par l’industrie, afin de garantir l’efficience et l’efficacité des pratiques et des programmes d’agroforesterie et en même temps éviter la duplication coûteuse et inutile des efforts individuels.

Que disent les données sur le cacao agroforestier ?

Une poignée de thèmes clés ressortent de l’examen des données.

1. Les rendements du cacao peuvent être élevés dans les systèmes d’agroforesterie cacaoyère, mais la manière d’y parvenir varie d’une région à l’autre. La maximisation des rendements de cacao dans les systèmes agroforestiers dépend en partie de la sélection et de l’espacement des espèces d’arbres et en partie d’autres mesures de gestion telles que la gestion de l’eau et des sols ainsi que les régimes associés de gestion des sols et de l’eau.

2. Le cacao agroforestier est meilleur pour le revenu des agriculteurs dans de nombreux cas, surtout parce qu’il leur fournit une diversification des revenus, une sécurité alimentaire et des services écosystémiques qui réduisent leur dépendance à des intrants coûteux.

3. La variation régionale est réelle et le contexte régional est important. Il est désormais possible d’avoir accès au problème spécifique auquel vous êtes confronté dans votre pays, votre région, et pas seulement à des informations génériques mondiales.

4. Les systèmes agroforestiers de cacao sont bénéfiques pour la biodiversité et la santé des sols.

5. L’agroforesterie offre des possibilités de réduire l’utilisation des intrants chimiques, ce qui profite à la santé humaine et à l’environnement.

6. Il y a une opportunité d’étudier et d’incorporer les connaissances et les innovations locales dans les systèmes d’agroforesterie cacaoyère.

Menaces, défis et problèmes dans le cacao agroforestier

Notre revue de la littérature montre clairement qu’il existe des défis majeurs à surmonter pour que l’agroforesterie cacaoyère réussisse à grande échelle.

1. Il n’y a pas assez de cacao agroforestier. Les monocultures de cacao peuvent maximiser les profits et les rendements à court terme dans certains cas, mais elles ont une durée de vie limitée et sont liées à des épidémies et à une dégradation rapide des sols. Le cacao en monoculture devrait être éliminé des chaînes d’approvisionnement et converti en systèmes agroforestiers durables. (Pour plus d’informations sur cette position, voir l’article de l’organisation Voice sur le cacao agroforestier ici : Voice paper on agroforestry cocoa)

2. Dans le monde entier, le cacao forestier et agroforestier est toujours en cours de conversion en monoculture ou quasi-monoculture à des taux alarmants. Cela aggrave les problèmes liés à la résilience climatique, à la durabilité des exploitations agricoles et à la perte de biodiversité.

3. Il y a une pénurie de cacao agroforestier bien planifié qui optimise les rendements, les services écosystémiques, la conservation de la biodiversité et les revenus des agriculteurs.

4. Le succès de la mise en œuvre de l’agroforesterie dépend de l’inclusion des agriculteurs dans le processus de prise de décision. Lorsque les agriculteurs sont absents de la sélection des espèces d’arbres et de la conception de l’agroforesterie, de nombreux efforts échouent. Comprendre ce dont les agriculteurs ont besoin et ce qu’ils veulent consommer ainsi que la diversification des revenus sont au cœur de la construction d’un système de cacao agroforestier réussi. Le co-développement est essentiel, mais rarement réalisé, et c’est l’une des principales raisons pour lesquelles les initiatives d’agroforesterie échouent souvent à augmenter le nombre d’arbres dans les plantations de cacao.

Des lacunes dans les connaissances subsistent et doivent être comblées Nous examinons, sans exhaustivité, les plus grandes lacunes dans les connaissances disponibles. Notre attente est plutôt que les chercheurs lisent mutuellement leurs travaux, évaluent le corpus global de la littérature, échangent des idées et travaillent ensemble pour combler ces lacunes de la recherche dans leurs futurs travaux.

1. Il y a un manque évident de recherche visant l’augmentation de la durabilité des exploitations de cacao ou l’intensification de l’agroforesterie durable du cacao. De nombreux exemples confirmés de systèmes agroforestiers du cacao existent avec des résultats de durabilité environnementale, sociale et économique élevés, mais très peu de tests présentent l’application réussie de ces approches dans d’autres contextes.

2. Les interactions entre la structure agroforestière et le climat local sont sous-étudiées. Cela inclut le microclimat agricole et les régimes locaux de précipitations et de sécheresse. De telles interactions sont susceptibles de devenir plus importants, étant donné le changement climatique prévisible et les événements météorologiques extrêmes dans les régions de culture du cacao.

3. Les connaissances du terroir ne sont pas suffisamment discutées et étudiées dans l’élaboration des systèmes agroforestiers ; surtout en Amazonie / Amérique centrale.

4. Si la relation entre la cacao-culture et la biodiversité est abordée dans de nombreuses études, il est nécessaire de faire une plus grande synthèse des études sur la biodiversité au niveau régional, ainsi que des évaluations régionales de la façon dont le couvert forestier, la couverture ombragée, la diversité des arbres et d’autres pratiques de gestion du caco affectent la biodiversité, aussi bien à l’échelle des plantations qu’à l’échelle régionale.

5. Les études sur la biodiversité mesurent généralement le nombre d’espèces végétales et animales trouvées dans les plantations de cacao, mais celles portant sur la façon dont les animaux utilisent les plantations de cacao ou sur l’impact des plantations de cacao sur la démographie des populations d’animaux sauvages manquent, en dehors de quelques espèces de mammifères. En conséquence, il n’y a pratiquement aucune recommandation sur la façon dont les plantations de cacao peuvent être gérées pour augmenter la survie de la faune, comme par exemple limiter l’utilisation des pesticides ou conserver des espèces d’arbres qui sont excessivement utilisées pour la nourriture, la nidification ou les déplacements.

6. Les services de pollinisation ont tendance à être plus importants dans les agro-forêts de cacao que dans les monocultures, mais la pollinisation du cacao lui-même est en général sous-étudiée.

7. Il n’y a pratiquement aucune recherche sur les abeilles du terroir et le cacao, ce qui est dommage vu que la combinaison du cacao agroforestier et du miel / apiculture permettrait une diversification des revenus des agriculteurs et une amélioration de la pollinisation pour l’écosystème général.